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Une place Napoléon à Châteauroux

Alors que certains tremblent à l’idée que l’on puisse célébrer Napoléon dans une République vertueuse ayant évacué tous les grands hommes, la métropole de Châteauroux a inauguré, le 10 décembre, une place Napoléon en plein centre ville, au sein d’un quartier voué à voir s’y développer toutes sortes d’échanges. Cette position apparaît d’autant plus remarquable que l’hexagone ne comptait jusqu’à présent que cinq places perpétuant le nom du premier empereur des Français.

Grâce à Bertrand

À première vue, le choix pourrait sembler incongru puisque Napoléon n’y est jamais passé, même dans sa jeunesse ou sur les chemins de l’éloignement. Pourtant, le lien s’effectue sans forcer le trait à travers la personnalité d’un des plus célèbres Castelroussins, le général Henri-Gatien Bertrand (1773-1844), grand maréchal du palais à partir de 1813 et à ce titre compagnon des deux exils aux îles d’Elbe et de Sainte-Hélène. Une place met déjà en avant ce dernier nom depuis longtemps et la légende veut qu’elle reproduise les plans de la Belle-Poule, le navire qui ramena en 1840 les cendres de l’empereur, accompagnées justement par Bertrand. Ce dernier, né et mort à Châteauroux, est également célébré par un musée affichant son patronyme et qui aligne nombre de souvenirs de la période. On ne peut non plus oublier que le grand maréchal fit don à sa ville du sabre que le général Bonaparte portait à la bataille d’Aboukir. En outre, la place Napoléon est doublée d’un passage Joséphine-de-Beauharnais, notamment justifié par ses liens familiaux avec Fanny Bertrand (1785-1836), l’épouse du grand serviteur.

La municipalité dirigée par Gil Avérous s’est fait aider par la délégation Berry Val de Loire du Souvenir napoléonien animée par Jean-Michel Lavaud. Toutes deux ont travaillé la main dans la main pour préparer ce qui s’est inscrit dans le cadre de tout un week-end et qui a permis de créer un nouveau lieu original de rendez-vous dans cette partie de la ville en plein réaménagement. Si quelques-uns des opposants du Front de gauche ont manifesté leur regret de voir glorifier un « héros » qui a « massacré des milliers d’innocents », les quelque 700 personnes présentes se sont retrouvées dans cette réappropriation d’une partie de l’histoire nationale. Ils y ont été aidés par les dizaines de reconstitueurs, soldats et musiciens, français et étrangers, qui se pressaient autour du personnage actuellement interprété par le Belge Jean-Gérald Larcin.

Outre la création par les boulangers d’un « bâton de maréchal » et d’autres spécialités pâtissières souvent offertes aux passants, les commerçants ont mis en exposition et distribué des représentations en carton de la fameuse statue. Quatre conférences ont attiré chacune, dans la chapelle des Rédemptoristes, une bonne centaine d’auditeurs ; successivement, Pierre Branda a parlé de Joséphine, Alain Pigeard de L’œuvre civile de Napoléon, David Chanteranne des Neuf vies de Napoléon et Jean Étèvenaux de Bertrand à Sainte-Hélène. Parmi les personnes attentives, se trouvaient de nombreux membres du Souvenir napoléonien — dont des délégués — venus d’un peu toute la France pour ces journées de la mémoire comme ils aimeraient en connaître davantage.

Les Invalides en Lego

Il faut aussi prendre en compte le succès de l’exposition Histoire en briques constituée uniquement d’éléments Lego et présentée dans le cadre du couvent des Cordeliers jusqu’au 15 janvier. On y retrouve non seulement les réalisations qui ont attiré tant de foules l’été dernier à Cheverny — la Malmaison, Longwood, le bicorne, la harpe de Joséphine — et des travaux de grande ampleur comme l’hôtel des Invalides — exposé à l’hôtel de ville —, mais aussi des reconstitutions originales effectuées pour Châteauroux, à commencer, bien sûr, par cette statue de la place Napoléon, mais aussi des portraits comme celui, bien sûr, de Bertrand.

La place reste désormais décorée de l’œuvre du sculpteur Jean-Pierre Dussaillant. Ce Lyonnais établi dans l’île de Ré a réalisé un plan-plaque de 2,70 mètres de haut reposant sur la silhouette du Vizir, l’un des chevaux de l’Empereur, sur laquelle se découpe en creux celle de Napoléon. Bien décidé à poursuivre, Châteauroux s’apprête à mettre en place l’an prochain le parcours Légende impériale, sur les pas de Bertrand.

Jean Étèvenaux