Carnet de voyage Mexique 2013

Carnet de voyage du SN au Mexique

23 avril 2013, «… Belle Eugénie, nous partons pour le Mexique … », avec un programme touristique classique doublé d’une approche de l’expédition française de 1862-1867 et du malheureux épisode impérial de MAXIMILIEN 1er et de CHARLOTTE. Le groupe du Souvenir Napoléonien comporte diverses nations comme le corps expéditionnaire. Nous sommes 48 sous la houlette de Mrs Alain PIGEARD et Jean ETEVENAUX.
Transportés d’un coup d’aile de Roissy à Mexico nous y faisons notre entrée, curieux comme les zouaves du général du général FOREY le 10 juin 1863.
Mercredi 24 avril. MEXICO
Dès 8 heures nous nous rendons à l’ambassade de France ou plutôt à la Casa Francia en passant par le Paseo de la Reforma, autrefois Paseo de l’Impératrice. Cette avenue dessinée par MAXIMILIEN aboutit au pied du palais de Chapultepec. On y découvre la statue de Christophe COLOMB et le monument de l’indépendance érigés au milieu de l’axe. L’architecture a de belles traces du style français à la Profirio DIAZ. Le premier secrétaire d’ambassade nous présente le pays. Nous en retiendrons que le Mexique s’appuie sur une histoire profonde de plus de 3000 ans, que c’est une démocratie moderne et que l’économie est sur une trajectoire positive. En revanche, des plaies ouvertes subsistent telles que la pauvreté, le moindre développement du sud et la criminalité.
Il nous reste un peu de temps pour un aperçu du centre-ville de Mexico. Dix minutes sont consacrées à la cathédrale construite à partir de l’époque de Philippe II d’Espagne. Un plan en relief en bronze présente pédagogiquement Mexico au temps où elle s’appelait Tenochtitlan, ville principale des Aztèques. La grande avenue commerçante de la ville s’appelle la rue du 5 de mayo 1862, jour anniversaire de la première bataille de Puebla remportée sur les français. Après cette introduction, nous pénétrons dans le splendide restaurant de la Casa de los Azulejos. La façade est décorée de ces carreaux de faïence bleue si communs au Portugal. Le décor constitue une belle entrée en matière dans l’art de vivre colonial espagnol.
Réconfortés, nous parvenons au château de Chapultepec, perché sur la montagne des « sauterelles ». Le château a une longue histoire. En 1847, lors de la guerre américano-mexicaine, les jeunes cadets s’y défendirent courageusement et refusèrent de se rendre. La partie supérieure du palais est restée presque dans l’état où MAXIMILIEN et Porfirio DIAZ l’ont aménagée. L’appartement de ce dernier est empreint de style français. Francophile il mourut à Paris en 1915. Une remarquable galerie éclairée par de grands vitraux modernes fabriqués en France vers 1900 permet de passer d’une pièce à l’autre.
Jeudi 25 avril TEPOTZOLTAN et QUERETARO
La petite ville coloniale de Tepotzotlan « la ville des bossus » nous accueille avec les flonflons d’une joyeuse fête. Nous sommes face à un couvent de style Churrigueresque. Le culte de Saint Ignace de LOYOLA est très vivant. L’église principale est déconcertante de dorures. Aucun espace libre d’ors ou de peintures vives, seuls les miroirs constituent des surfaces planes. Tout est torsadé, rempli, creusé, tourmenté, superposé, chargé de symboles.
Les bus nous débarquent à Queretaro, à plus de 200 km de Mexico, au pied de la Cerro de las Campanas, la montagne des cloches, où se termina l’aventure de MAXIMILIEN. Des allées montent à la chapelle construite pour rappeler que l’Empereur MAXIMILIEN Ier, les généraux MIRAMON et MEIJA ont été fusillés là le 19 juin 1867. Le site ne ressemble en rien aux dessins et photographies de l’époque. Tout a changé. On a peine à comprendre que des combats se sont déroulés là, dans la cuvette entre cette colline et la vieille ville dont on devine les clochers. La statue de JUAREZ domine le paysage, monstrueuse comme une statue nord-coréenne. Une courte avenue descendante se termine par un triste obélisque blanc, au socle noir taggué. MAXIMILIEN a rendu les armes en ce lieu.
La visite de la ville en donne un bref aperçu. Le centre-ville est resté intact avec son quadrillage, ou cuadres. On croise les figures emblématiques de la période révolutionnaire de 1810 à 1821 dont l’abbé Hidalgo et le buste plus romantique de la Corregidora. L’épisode du 2ième empire, celui de MAXIMILIEN, semble avoir laissé peu de traces visibles, le culte de Juarez a-t-il gommé la trace de ses adversaires ? Dans la soirée, le groupe profite d’un repas animé par un groupe folklorique de mariachis.
Vendredi 26 avril GUADALUPE – TEOTIHUACAN – PUEBLA
Dès les premières heures du jour, nous abordons une facette importante de la culture mexicaine avec la visite de Notre-Dame de Guadalupe. La basilique moderne est remarquable. Si l’énorme gâteau rond en béton n’est pas un hymne à la gloire des architectes contemporains, l’intérieur est majestueux et une atmosphère de piété s’en dégage. Tout au long du voyage, on verra des chromos de la Vierge de Guadalupe.
En quelques tours de roues, nous sommes au cœur de Teotihuacan, ville toltèque habitée entre 400 avant J-C et 700 après J-C. C’est là « le lieu où les dieux sont nés ». C’est la ville de Quetzalcoal, roi-prêtre de 1000 après J-C. Le site est immense. Nous abordons « l’allée des morts » qui s’étend sur quatre kilomètres jusqu’aux pyramides de la Lune et du Soleil. Aucun arbre ne se dresse sur le site. Ce qui est en pierre est oblique ou vertical, rectiligne, aligné, rigoureux, mathématique, régulier, symétrique, monocolore ou du moins en apparence. On peut à loisir éprouver son souffle sur les hautes marches qui conduisent aux plates-formes des pyramides. Sur le mur de l’une des petites pyramides, les têtes des serpents à plumes et autres divinités pointent leur nez horizontalement. Après avoir photographié à l’envie le site, nous passons à l’autre extrémité, au pied de la pyramide de la Lune. De ce côté, la vue sur l’ensemble du paysage est aussi époustouflante. Rassasiés de pierres sombres et de culture toltèque, nous nous rassasions aussi d’un agréable repas mexicain au son des guitares et aux accents de « .. Mexicoooo… ». Au cours du voyage nos guides auront cœur à nous ouvrir à la gastronomie mexicaine. Colorée et variée, cette cuisine originale aura été une découverte.
C’est à nouveau une longue route pour accéder à Puebla. Des villages gris de poussière dissimulés dans la végétation, dénoncés par les clochers colorés se laissent traverser sans résistance par notre colonne. Au débouché d’une vaste plaine, nous passons de la campagne aux faubourgs de Puebla de Los Angeles. Aujourd’hui grande ville dédiée à Volkswagen, elle avait 70 000 habitants quand le général LORENCEZ l’aborda en mai 1862. Nous commençons comme le 1er bataillon de Zouaves par le cerro de Guadalupe. Nous avons plus de chance car nous pénétrons dans le fort de San Loretto. Les forts sont à vue et à portée de canons (de l’époque) de la ville et de ses cuadres qui, «comme à Saragosse », resteront si terribles dans la mémoire du corps expéditionnaire. L’intérieur du fort est pour l’essentiel une présentation de la victoire mexicaine, du 5 mai 1862. Cet évènement est la fête nationale. Mais on relève aussi l’occultation quasi-totale du siège de 1863 qui ouvrit la route de Mexico aux forces du général FOREY. Du haut de leurs cadres dorés, les héros nationaux nous regardent défiler dans les salles. Sans aménité, ils semblent écouter nos commentaires. Curieusement, une fresque montre l’accueil de la population à MAXIMILIEN et à CHARLOTTE. Tout aussi bizarrement, le fameux colonel DUPIN, en tenue de contre-guérillero se tient au milieu de la toile, bien reconnaissable à sa barbe blanche et à son cigare.
Nous descendons vers la ville pour nous installer au magnifique et typique hôtel Colonial. La visite de la ville nous montre une cité active, fourmillante en cette chaude fin de journée. Des centaines de personnes vont et viennent, déambulent, se pressent, se hèlent, bougent, circulent dans la rue principale ombragée, noire de monde. La journée se termine par une conférence avec vue sur les toits de PUEBLA. Le thème porte sur les causes de l’expédition du Mexique.
Samedi 27 avril OAXACA
Nous plongeons plus au sud vers Oaxaca, à plus de 300 kilomètres de Puebla. Il est loisible de penser aux soldats de l’expédition qui s’ennuyaient dans des petites villes sans intérêt, loin de tout, battant la campagne, ayant perdu de vue le motif de leur présence, isolés dans un pays étranger et hostile. Nous avons pour nous la chance de savoir où nous allons ; les mexicains ne nous étripent pas et ne nous détroussent pas, ils sont souriants. Une halte nous donne l’occasion de gambader parmi les cactus géants, cierges et candélabres. Petit à petit la plaine laisse la place à une zone montagneuse, au travers de laquelle les troupes ont dû construire une route à l’automne 1864 avant de pouvoir assiéger Oaxaca et de s’en emparer le 9 février 1865. Les milliers de cactus cierges montent à l’assaut des montagnes.
Le site antique de Monte Alban est sur les hauteurs. Le paysage est grandiose. On est saisi du manque de limites. Cette fois la statuaire est présente sous forme de grandes plaques représentant des hommes croqués dans des positions torses, quasi difformes. A certains il manque des attributs essentiels, d’autres sont bossus, tous sont vus de profil à l’égyptienne. Une pierre semble montrer un guerrier qui est bien complet de tout.
Après ce bol d’air en altitude nous replongeons dans la ville d’Oaxaca pour goûter à la vie locale ou visiter une fabrique de chocolat. La soirée est consacrée à un spectacle pour touristes amateurs de folklore. Les danses sont agréables, les costumes chatoyants, la musique rythmée. C’est léger, sans complications, il y a des plumes, des couleurs, des talons hauts, les larges jupes volent, tout pour plaire, d’autant que les visages féminins sont souriants et gracieux.
Dimanche 28 avril TLACOTALPAN- SALTO d’ EYIPANTHA- VERACRUZ
Le programme est sans ambiguïté pour qui sait lire : 634 kilomètres avant de retrouver un lit. A 05 h 00, La troupe est complète, personne ne se porte pâle, on y va…. C’est un peu comme les soldats du bataillon nègre égyptien qui ignoraient leur destination au départ d’Assouan… On se dirige vers les Terres Chaudes, la bande côtière si redoutée à cause du « vomito negro ». La colonne des autobus borde VERACRUZ, ancienne ville de flibuste, où le corps expéditionnaire français a débarqué en janvier 1862 puis MAXIMILIEN le 28 mai 1864. Il y aurait beaucoup à dire : les démonstrations navales de 1837 et « la guerre des pâtisseries » de 1838-39; les faits d’armes de la Marine ; l’épisode de la convention anglo-franco-espagnole de Soledad ; le rôle du général PRIM ; les affres des soldats bloqués dans ce piège à maladies ; les diables rouges de DUPIN ; le courage des Egyptiens ; l’emploi du chemin de fer, les contraintes logistiques de l’opération, etc…
Après avoir longé la côte du Golfe du Mexique, la colonne fait halte au centre de la station balnéaire de Tlacotalpan. La ville est très colorée. Un kiosque à la Peynet entouré d’arbres et de fleurs en est le décor principal, les façades bleues, roses, jaunes, alternent, dans une lumière écrasante de chaleur, quelques chiens écroulés sur les dallages baillent à notre passage.
A nouveau un ruban de route, puis voici enfin le salto d’Eyipantla. On doit traverser une halle pleine de vendeurs de brimborions et accéder à une vue plongeante sur la cascade en franchissant un ravin sur une passerelle oscillante. Les brevetés commandos retrouvent leurs réflexes et franchissent. La passerelle retraversée, et 250 ou 249 marches plus bas, un nuage d’eau nous enveloppe et nous rafraîchit. Au retour nous faisons halte dans une auberge locale qui nous réconforte par un repas simple mais agréable. Pour l’ambiance, il manque Bernardo, le sergent Garcia, et Zorro n’arrivera pas.
Lundi 29 avril EL TAJIN
Une bonne nuit de sommeil dense nous a remis sur pied. La colonne se dirige vers El Tajin, site archéologique daté entre 800 et 1200 après J-C. Le bus nous berce dans une demi-torpeur. Nos accompagnateurs du SN en profitent pour donner deux causeries. L’une d’entre elles porte sur les étrangers dans le corps expéditionnaire dont les détachements Belges et Autrichiens. La deuxième conférence porte sur le combat de Camerone.
Au bout de ces quelques heures, nous sommes au pied d’El Tajin. L’impression est très différente par rapport aux deux autres monuments visités. Cette fois, la végétation occupe le site et les vues d’ensemble sont plus courtes, au détour des chemins et des arbres, on découvre petit à petit les diverses bâtisses. Le regard se focalise plus sur le détail. On s’attarde sur l’architecture à niches de certaines pyramides. L’une d’elles en possède 365. A la sortie de l’enceinte nous assistons à la prestation des hommes volants : les « voladores ». Le public applaudit, la performance est photogénique.
Mardi 30 avril CAMERONE – ORIZABA
Par prudence et pour rester dans la tradition militaire, nous partons de bonne heure. Il ne faut surtout pas manquer la cérémonie du 150ième anniversaire de Camerone. Camaron de Tejera n’est qu’à une soixantaine de kilomètres ; mais il nous faudra plus de deux heures et demie pour l’atteindre. Le Capitaine DANJOU a eu moins de mal que nous à trouver l’hacienda.
Au débarqué des autobus nous comprenons que la cérémonie du 150ième anniversaire du combat de Camerone est commencée. Nous en sommes au fameux récit du combat, la phase majeure de la cérémonie statique. L’enceinte du monument est vaste et nous nous glissons vers l’emplacement qui nous est réservé. La foule endimanchée est nombreuse. L’esplanade est blanche, une vaste dalle surélevée marque l’emplacement de l’ossuaire. Le fond du décor est constitué d’un fronton noir et brillant. Il porte en grand « Virtuti Militari » et de part et d’autre les aigles napoléoniens et mexicains. Les militaires mexicains présentent les armes, les légionnaires du 3ième REI de Cayenne sont à l’unisson.
Nous profitons du délai de mise en place des troupes pour jeter un œil au musée local. La présentation restitue bien le combat et l’esprit de la commémoration. Pour les mexicains il s’agit bien de mettre en avant le coté chevaleresque de cette histoire, courage des assiégés de l’hacienda et attitude respectueuse des Mexicains face aux légionnaires vaincus.
Nous nous rangeons le long de la rue près du musée, le défilé du 150ième anniversaire de Camerone commence. Les premières troupes apparaissent. Ce sont des majorettes et des enfants des écoles en uniforme, la note est gaie, colorée, vivante. Les unités de police viennent ensuite, en casquette, en tenue anti-manifestation, en scaphandre, à pied, à cheval, en véhicule de patrouille, en blindés, du plus aimable au plus redoutable. Les visages cuivrés ou mats luisent de sueur. Les uniformes sont impeccables. Précédée d’une fanfare en tenue de combat, la force militaire suit. Le carré des troupes précède les Cadets en tenue immaculée, au pas et au port d’armes particulier. Les porte-drapeaux d’associations sont là. Quatre drapeaux français encadrent celui du Souvenir Napoléonien tenu par notre Suisse qui s’est glissé au centre du dispositif. Des groupes costumés représentent les zouaves, les légionnaires et les soldats mexicains, l’allure est moins ordonnée, peu importe. La foule regarde vers le haut de l’avenue, la Légion arrive. Le drapeau du 3ième REI suit son colonel, et, le détachement des légionnaires au pas lent, prend possession de la rue qui descend vers la stèle marquant le lieu du combat. Les applaudissements crépitent, ils sont admirés. La Légion chante ses combats, ses gloires, ses morts. Honneur est rendu aux combattants de la bataille du 30 avril 1863. Une cavalcade de guérilleros mexicains clôture le défilé, quelque jolies cavalières renforcent l’intérêt des spectateurs.
Mr Kader ARIF, secrétaire d’Etat français au anciens combattants, le gouverneur de l’Etat de Veracruz, rappellent en quelques mots la valeur du sacrifice et du respect mutuel des combattants.
Le Camerone d’aujourd’hui est perdu à l’écart de la grande route. Camerone signifie « écrevisses » en mexicain. C’est un village de maisons basses, simples, à toits plats. Les façades sont délavées par le soleil et des boutiques occupent le devant. La rue principale est large, droite, légèrement montante depuis l’obélisque rappelant le combat. L’Hacienda est là, au coin de l’avenue, toute proche du monument. La façade est cachée par des boutiques. Il faut traverser la cuisine d’un restaurant pour pénétrer dans la fameuse cour. Ce qu’il en reste est occupé par un jardin fleuri parsemé de tables.
La journée trouve sa conclusion avec un plantureux repas de corps. Il y a des anciens de la Légion, la promotion « Centenaire de Camerone », l’académie Napoléon de Lyon, notre groupe et des amis, officiels et invités divers. Le repas commence par « la poussière » sous la direction du popotier du 3ième REI. Puis nous débouchons deux bouteilles de vin élevé à Puyloubier, la maison de retraite des légionnaires. Cette cuvée « Camerone 2012 » a été achetée pour l’occasion. Ce geste rappelle modestement la bouteille de vin partagée par le capitaine DANJOU avec ses hommes. Enfin, les légionnaires de Cayenne entonnent « Le Boudin », chant de la Légion, suivis par nombre de participants. Nous quittons les lieux par un respectueux salut au monument.
La journée se termine par une halte sur la place de Cordoba très animée en ce jour de fête des enfants. Nous visitons rapidement le Portail de la Gloire ou de la Favorite, cet ancien hôtel a accueilli Augustin ITURBIDE, premier et fugitif empereur du Mexique, MAXIMILIEN et CHARLOTTE puis Benito JUAREZ.
Cette journée du 150ième anniversaire de Camerone se termine à Orizaba. C’est là qu’en avril 1862, trois centaines de blessés et de malades français avaient été laissés à la garde de quelques personnels médicaux et aux bons soins des Mexicains. Des possibles menaces sur leur sort avaient servi de prétexte pour la continuation des hostilités.
Mercredi 1er mai CERRO BORREGO
Réveil « comme d’habitude à 07 h 00… ». Nos guides nous lancent à l’assaut du Cerro Borrego en bordure d’Orizaba. « Il n’y a qu’à monter» la forte pente de 350 mètres de dénivelée. Cette hauteur qui a donné son nom à une rue de Paris a été le lieu d’un authentique fait d’armes. Les Mexicains en abandonnant les crêtes ont laissé ouverte la voie vers Puebla. La colonne s’étire. Finalement, les plus courageux interrompent leur progression sans avoir atteint le sommet. Nous n’avons pas le courage des lignards du 99ième et le temps presse. A la redescente, au détour d’un palier, une Vierge peinte nous observe et veille sur une inscription à la peinture bleue gravée dans le rocher : « Armée française 1862 ».
Quelques kilomètres plus loin la route s’engage dans la zone des Cumbres, marche haute de 900 mètres qui nous fera accéder aux Terres Tempérées et ouvre l’itinéraire vers Puebla. Là, le 29 avril 1862, le corps expéditionnaire a réalisé un véritable exploit en délogeant par son audace 4000 Mexicains. S’ils avaient tenu la position, les Français auraient eu bien des difficultés à franchir cet obstacle. La végétation change, nous quittons les terra calientes. Nous ne risquons plus d’être contaminés par le vomito negro. Cette étape historique est la dernière puisque nous prenons les dispositions pour assurer notre retraite, non pas vers Veracruz comme BAZAINE à la fin 1866, mais vers l’aéroport de Mexico.
Conclusion
L’expédition du Mexique méritait bien un voyage d’autant que la célébration du 150ième anniversaire de Camerone était un évènement en soi. Les centre–villes et les paysages donnent une bonne idée de l’environnement que le corps expéditionnaire a pu affronter. La vision mexicaine de la période est intéressante ; c’est une constante, chaque pays lit l’Histoire à sa façon. La clé de la réussite du voyage était de l’avoir individuellement bien préparé par des lectures de sorte à saisir l’intérêt des sites visités.
Général (2S) Emmanuel POUCET
RSN 496, pp. 76-81 (juillet-août-septembre 2013)