Carnet de voyage Saxe 2013

Carnet de voyage en Saxe du 2 au 10 septembre 2013

2 septembre. Efficace comme un sergent recruteur en 1813, la représentante de l’agence de voyage HMS nous prend en mains à proximité du comptoir de la Lufthansa. Il est 7 h 30, il est temps de mettre sac au dos en direction de l’Allemagne, les coalisés nous y attendent. Le groupe du Souvenir Napoléonien se rassemble, et, comme toujours, il est multinational. Nous formons une section de 28 conscrits, sous la houlette du président, Mr Alain PIGEARD, chacun et chacune a sa feuille de route, personne ne veut « manquer le premier appel ». Notre itinéraire ne suivra pas exactement la chronologie de la campagne, mais il nous amènera sur les lieux où s’est jouée la stratégie de NAPOLEON et des puissances coalisées.
A l’arrivée à Tegel, ce n’est pas Eugène de BEAUHARNAIS mais Mme Anne DUHAMEL, la directrice de l’agence HISTORIA-TRAVEL, qui nous accueille. Le voyage, taillé sur mesure, sera bien centré sur notre thème. S’il en était besoin, le premier repas et la première bière pris à la « Brauhaus am Schloss nous rassurent. L’ambiance est là, la bonne humeur partagée. Ce sera ainsi tout au long du séjour.
Nous partons pour un tour de la ville de Berlin avec effort sur la zone Est. Au fil des heures, nous découvrons la capitale de l’ancienne Prusse en pleine évolution.
Les traces du passé récent sont omniprésentes. Difficile d’ignorer la masse du stade olympique des jeux de 1936. Difficile d’ignorer la Porte de Brandenbourg. La nouvelle ambassade de France se dresse sur l’emplacement de celle de 1813, sur le seuil de laquelle les soldats prussiens ont aiguisé leurs sabres. Difficile encore d’éviter l’évocation du IIIème Reich. Difficile de ne pas voir l’imposant monument rappelant l’Holocauste des juifs. Difficile enfin de ne pas voir les restes de façades lépreuses, grises et tristes du Berlin Est d’après 1945. Le futur nous saute aux yeux avec le centre d’affaires SONY. L’avenir, c’est aussi le quartier des musées en cours de rénovation. La visite de la Berliner Dom et de la crypte des HOHENZOLLERN nous replonge dans nos thèmes favoris.
3 septembre. C’est le début de la campagne, les affaires sérieuses commencent. Le déplacement se fait en ambiance 1813, avec pluie et grisaille au travers d’un paysage humide, verdâtre et monotone. Les deux premières visites seront une illustration de la nouvelle stratégie des coalisés après la trêve de Pleiswitz. Conseillés par le général MOREAU et le général suisse JOMINI, les alliés évitent le combat direct avec NAPOLEON.
Grossbeeren nous accueille. Le 23 août 1813 met aux prises le maréchal OUDINOT et les prussiens de Von BÜLOW. Cette défaite réduit à néant la manœuvre de reconquête de Berlin envisagée par NAPOLEON. Nous nous dirigeons vers l’enclos de l’église qui contient les traces du cimetière ancien et plusieurs stèles. Le monument en bronze du type Schinkel érigé en 1906 est dédié aux soldats du régiment de Colberg. Le deuxième monument est orné de la croix de fer, médaille créée en 1813. Plantée au milieu de la route, la tour-monument de pierre gris-blanc abrite un espace d’exposition.
Dennewitz est à 100 km au nord de LEIPZIG. Le 6 septembre 1813 le maréchal NEY y est opposé aux forces du général TAUENZIEN qui « préfère rester mort sur le champ de bataille avec tout son corps d’armée plutôt que de céder un pas ». La victoire est emportée par Von BÜLOV suivi de loin par BERNADOTTE. On y trouve un très beau monument récemment restauré. Il est surmonté de deux expressifs soldats prussiens en bronze. Le petit musée présente deux dioramas de la bataille et des pièces d’uniforme et d’équipement.
Torgau est intéressante à double titre puisque NAPOLEON y a séjourné avec son quartier général et que le 29 avril 1945, les troupes américaines y ont fait jonction avec les Russes. Une halte devant la maison occupée par NAPOLEON permet de préciser que le quartier général devait répondre à certains critères; le bureau et la chambre de NAPOLEON devant être au premier étage, si possible du côté jardin.
Bad Düben est une petite ville dominant le passage de la rivière. Notre président nous conte que le séjour de NAPOLEON fut une période d’interrogation et d’attente avant la bataille des nations. Le château où il séjourna subsiste. Des salles thématiques présentent la période de la campagne avec divers objets et gravures intéressantes.
Les derniers kilomètres de la journée nous amènent à Leipzig, ville de littérature avec GOETHE, de musique avec BACH, MENDELSSON, WAGNER, d’édition et de foires. D’emblée nous plongeons dans la bataille des nations en nous rendant sur le site du vieux moulin à tabac où se trouve la Napoléon Stein, pierre carrée de granit rose surmontée du petit chapeau, très proche de l’imposant monument de la bataille des nations. C’est là que NAPOLEON aurait donné les ordres définitifs pour la retraite le 18 octobre 1813.
Après l’installation au Radisson Blu nous sommes accueillis en français par Mme le docteur GOLDFUSS chargée des affaires internationales de Leipzig. Puis Mr PIGEARD prononce une conférence qui pose le contexte de la campagne de 1813.
4 septembre. Aujourd’hui, il ne sera question que de bataille. Nous n’entendrons pas le grondement incessant des canons mais l’ambiance y sera. A la suite de notre guide, par Thorsten PLATTE, nous sortons de la vieille ville par l’emplacement de la porte de Grimma, où se déroulèrent des combats le 19 octobre pour protéger la retraite de la Grande Armée. Les grandes rues du Leipzig moderne sont sur la trace des anciennes routes et les villages sont aujourd’hui des quartiers.
Nous voici à Thonberg à l’église orthodoxe russe, construite en 1913 en mémoire des 22000 soldats tombés dans la bataille. Le pope nous autorise à entrer dans la chapelle dédiée à 1813 avec les portraits d’ALEXANDRE 1er et de KOUTOUSOV. Par la descente de l’échelle du caveau on aperçoit les sarcophages qui contiennent les restes de deux généraux. Cette visite est exceptionnelle, les touristes n’y ont pas accès.
Nous entrons dans Probstheyda, position clé du dispositif. C’est là que se dresse le VölkerSchlacht Denkmal. Inauguré le 18 octobre 1913 par GUILLAUME II, le massif monument domine de ses 91 mètres de pierre gris-rose un plan d’eau verdâtre. Sur le côté du colosse, un musée consacré à cette période nous intéresse par la qualité des objets, des gravures et des dioramas. Nous sommes ensuite accueillis à la Brauhaus NAPOLEON par Gerd PFEIFER en général saxon, animateur de la société Historia-Event & Souvenir qui nous accompagnera tout l’après-midi.
La première halte nous amène à Meusdorf au monument de SCHWARTZENBERG, la borne n° 32 de BARCLAY de TOLLY et le monument marquant la position du Tsar le 18 octobre. La borne 32 donne l’occasion d’expliquer l’origine des « Apel Stein ». Le sommet de ces bornes érigées par l’association du Dr APEL est rond quand il s’agit d’un site français et pointu pour les sites coalisés. La route de Meusdorf à Holzhausen sort de la zone urbanisée et on aperçoit le terrain du champ de bataille. A la sortie du village, un aigle autrichien domine l’obélisque érigé en souvenir du IVème corps.
A Liebertwolkwitz, une pause auprès de la borne n° 9 du maréchal MORTIER est l’occasion d’évoquer la différence entre l’infanterie légère et l’infanterie de ligne et de préciser le rôle des cornets et tambours. A l’extérieur du village, au sud-est, nous mettons pied à terre sur la zone du combat de cavalerie du 14 octobre qui a opposé le maréchal MURAT et le général-comte WITTGENSTEIN. Avec plus de 20 000 cavaliers, ce fut le plus grand choc de cavalerie des guerres de l’Empire. Le terrain est totalement plat, on devine vers le sud des replis de terrain d’où ont surgi les escadrons russes et autrichiens. Puis nous passons à Markleeberg, position de PONIATOWSKI opposé aux troupes autrichiennes. Cette zone a été bouleversée par les exploitations intensives de lignite.
Wachau est le nom de la bataille du 16 octobre. Nous faisons halte dans l’auberge « Pension 1813 ». On y trouve une stèle au Corps de réserve autrichien, au 37ème régiment d’infanterie de ligne français et le tilleul dit « de MURAT » d’où il aurait observé la zone du haut d’une échelle. En revenant vers Liebervolkwitz sur les positions du centre français, un monument sur la hauteur du Galgenberg indique la position la plus avancée de l’Empereur.
Dölitz est le site d’un fait d’armes de PONIATOWSKI et d’AUGEREAU qui font prisonnier des Autrichiens des 20 et 24èmes régiments d’infanterie et le général MERVELT. On est à la Tor Haus, dans un environnement de sous-bois marécageux et de près humides. C’est un très intéressant musée de la figurine en plat d’étain, ouvert exprès pour nous. Le diorama de la bataille de Leipzig est absolument superbe.
En fin d’après-midi, nous sommes accueillis chaleureusement par les autorités de la ville de LEIPZIG. Mme GOLDFUSS et Mr PIGEARD échangent les vœux protocolaires et les cadeaux.
5 septembre. Nous allons à Lindenau où s’est déroulé le drame de l’explosion prématurée du pont qui devait laisser passer la Grande Armée. C’est une halte dédiée au maréchal PONIATOWSKI. La configuration des lieux a beaucoup changé pour cause d’urbanisme. D’une place traversée par la circulation sourd un cours d’eau canalisé visible sur quelques dizaines de mètres. Le monument rappelant la destruction du pont est situé à cet endroit. Un peu plus loin le monument PONIATOWSKI indique le lieu où son corps aurait été découvert. Une courte intervention de Mr PIGEARD évoque l’hypothèse d’une porte laissée ouverte par SCHWARTZENBERG. L’autobus nous entraîne vers la borne n° 23 qui marque le passage du général BERTRAND opposé à GUILAY et qui a maintenu ouvert l’axe de retraite. Le repas nous plonge dans le romantisme allemand puisque GOETHE aurait écrit FAUST dans l’Auerbachs Keller où nous déjeunons. En partant de la place du marché, le guide nous parle de la maison des rois de Saxe où NAPOLEON a fait ses adieux à FREDERIC-AUGUSTE 1er qui lui aura été fidèle jusqu’au bout. Cet aperçu du centre historique se termine par l’église Saint-Thomas où BACH a exercé pendant 27 ans.
La deuxième partie de l’après-midi est consacrée à la visite du Panometer. Bâti près du monument de la bataille des Nations, cet ancien gazomètre contient une toile imprimée gigantesque de 30 mètres de haut sur 360° montrant Leipzig le 18 octobre en soirée. Le spectacle est saisissant de réalité. L’impression d’ensemble et les détails stupéfient le visiteur. La réalisation est superbe.
6 septembre. Après un bref trajet, nous stoppons devant le château-musée de Lützen. L’équipe municipale est fière de rencontrer un groupe adepte de NAPOLEON. La bataille s’est déroulée le 2 mai 1813 principalement sur 5 villages au sud-est de Lützen. De là, nous allons à Kaja, au cœur du combat. Le paysage est plat, les champs sont découverts, seules les lisières des villages fournissent un abri. A l’entrée du village, une pancarte signale la maison occupée par le maréchal NEY. GrossGorchen est la halte suivante. Un des napoléoniens s’exclame : « c’est du lourd » à la vue du monument SCHARNHORST, piédestal de pierre noircie surmonté d’un lourd aigle de pierre.
Rippach : le travail préparatoire par HISTORIA –TRAVEL permet à tous d’accéder aux sites importants. Nous sommes précisément là où le Maréchal BESSIERES a été tué le 1er mai. On y évoque en plein soleil les circonstances de la mort du maréchal. Revenus au centre du village, nous faisons halte à l’auberge du cygne blanc. Le patron de l’auberge nous y fait bon accueil, comme l’on fait ses prédécesseurs à la dépouille du maréchal. C’est l’occasion d’une rencontre avec un habitant des lieux qui nous rapporte les dires de son grand-père qui avait entendu les récits de témoins.
Mais, il faut presser le pas, il est temps de courir à Dresde ; BLÜCHER a rompu l’armistice et menace la ville. Karen POBBIG, notre guide locale fait la jonction avec notre groupe, dynamique, souriante et s’exprimant dans un français excellent. Nous entrons dans le vif du sujet avec la visite du musée d’histoire et de l’exposition « Die verlorene Sieg » dédiée à la présence française en Saxe. La directrice des musées nous accueille avec le commissaire de l’exposition.
Dans la soirée, en plus du commissaire de l’exposition et du responsable du tourisme de Dresde, quatre membres du Souvenir Napoléonien de Dresde assistent à la conférence de Mr PIGEARD. Leur présence montre, s’il en était besoin, l’universalité de l’histoire napoléonienne.
7 septembre. Courageusement, sous un beau soleil, nous allons visiter la ville et le champ de bataille de Dresde, désormais quasiment confondu avec la ville. Une halte dans le GrossGarten nous donne l’occasion de nous rendre compte que c’est un véritable champ-de-Mars de 2 km2, où l’on peut manœuvrer comme à la parade.
Le champ de bataille est au sud dans une zone moderne. La carte de 1846 est suffisante pour comprendre que les coalisés étaient en position géographique dominante, et que NAPOLEON, combattait dos à la ville fortifiée renforcée par des redoutes par le colonel ROGNIAT. Le terrain monte doucement vers Rachnitz, quartier d’immeubles où se trouve la stèle de MOREAU. Nous sommes sur une ligne de crête, point d’observation occupé par le Tsar, son état-major et le général MOREAU. Cachée à l’ombre de trois chênes qui représentent les trois alliés, une grille entoure la stèle surmontée d’un casque à l’antique. L’Histoire aurait été autre si le boulet avait frappé Alexandre 1er.
En bon petits soldats, nous déjeunons dans la salle « suédoise » du restaurant à la Pulver Turm au décor militaire. L’après-midi est consacré à une visite de la Villa Marcolini où l’Empereur a résidé pendant la trêve (10 juin – 15 août). Transformé en hôpital, le site n’est pas accessible aux visiteurs. La chargée des relations publiques nous fait les honneurs de cette ancienne propriété du ministre saxon MARCOLINI. Mais surtout on évoque la rencontre avec METTERNICH qui scella le destin des protagonistes. Très exceptionnellement nous avons le droit de jeter un regard et un objectif d’appareil photo dans deux salles occupées par NAPOLEON, le salon chinois est admirable par ses tissus muraux.
8 septembre. Ce dimanche matin nous déambulons dans le centre historique de Dresde. Spectaculaire est le palais avec la cour des tournois, bordée d’une colonnade ornée de trophées de chasse. Spectaculaire est l’extraordinaire fresque de 100 mètres de long en faïence. Cette théorie de princes, de militaires et de dignitaires que l’on admire sur une façade du château représente la continuité de la maison de Saxe-Wettin. Spectaculaire aussi le Zwinger, reconstruit après 1945, magnifique décor baroque pour les fêtes que donnait le Prince-Electeur.
Face au pont, sur la Schloss Platz, à côté de la Hof Kirche et au débouché du Augustus Brücke, un pavé marqué du N repère la position de l’Empereur de 10 h à 12 h 00 le 26 août 1813 qui, debout sous une pluie battante, le chapeau déformé par l’eau qui lui dégoulinait sur les épaules, dirigeait la mise en place de ses corps d’armées. La Hof Kirche, est une synthèse de la rigueur luthérienne et de la richesse catholique. La crypte de la dynastie de Saxe est sous cette église. Par autorisation spéciale nous avons le droit de la visiter.
L’après-midi, notre troupe se divise en deux colonnes pour visiter le musée militaire d’une part et la Nouvelle Voute Verte d’autre part.
Le musée militaire de Dresde est installé dans d’anciennes casernes rénovées. On y voit un superbe exemplaire de chariot Gribeauval à quatre roues. La période Napoléonienne est très bien illustrée. L’exposition du bicentenaire de 1813 baptisée « blutige Romantik » est un modèle du genre. Une vaste pièce divisée par des vitrines regroupe quantité d’objets, d’uniformes, d’armes, de maquettes, de médailles, de décorations, de documents, de tableaux et témoins aussi divers que magnifiques, certains prêtés par d’autres musées.
La deuxième partie du groupe plus intéressée par les magnifiques trésors de la « nouvelle voûte verte » suit le guide. La richesse du trésor est époustouflante et fait briller les yeux des dames. C’est le témoin concret de la richesse de la maison de Saxe. Outre de multiples, splendides et délicates pièces d’orfèvrerie et des objets en cristaux de roche, la scène du trône du grand mongol Aureng-Seb et le diamant vert de 41 carats valent à eux seuls la visite.
En fin de journée, le SN est accueilli dans la maison du Docteur HOCH sur les hauteurs de la rive droite de l’Elbe. Celui-ci nous reçoit très chaleureusement au pied de la colonne sise à l’endroit où NAPOLEON, le 26 août vers 09 h 00, venant pour secourir Dresde, observe le dispositif des coalisés avant de jeter ses troupes dans la ville. Mr PIGEARD remercie le docteur, mesurant le privilège de se retrouver en toute amitié sur le site de la bataille Celui-ci nous parle de l’intérêt qu’il porte à l’histoire de sa maison et de la colonne qu’il entretient. Le 26 août 2013, il y a ajouté une plaque marquant le 200ème anniversaire.
9 septembre. Presque tous ont bouclé le sac pour la bataille de Bautzen, trois dames vont consacrer leur journée à fourrager dans les musées de Dresde et les vitrines de porcelaine. Le gros de la troupe équipé de pied en cap part vers l’Est sous un ciel grisâtre : « le ciel fond en larmes ». Les panneaux routiers sont en allemand et en sorabe. Nous sommes en Lusace.
La bataille de Bautzen se dit en allemand bataille de Würschen. Nous sommes accueillis par Mr REICHERT maire de Krechwitz et Mr HARTIG qui nous guident vers les Thermopyles de l’Allemagne. C’est là que BLÜCHER résista et dut retraiter, sinon d’être pris par NEY qui débordait son aile droite. Protégés par des parapluies, certains aux couleurs du SN, nous écoutons les explications sur le combat. La stèle principale a été érigée en 1913. Alors que le journaliste du « Bautzen journal » interviewe notre président, nous dégustons l’apéritif sorabe offert à l’abri d’une cabane.
Rafraîchis par ce bon contact avec le terrain, nous prenons pied dans Bautzen. Le docteur VOLLBRECHT, conservateur du musée, nous en fait les honneurs. La pièce maitresse est l’uniforme de trompette du 4ème régiment de lanciers légers retrouvé intact en 1876, dissimulé dans le plancher de l’auberge du Lion D’or.
Nous reprenons la poursuite de l’ennemi vers l’Est sur l’axe Bautzen-Weissenberg-Reichenbach-Markersdorf. C’est la Via Regia de Kiev à Saint-Jacques de Compostelle. Le groupe s’arrête à Würschen, du côté des coalisés, devant l’ancien grand quartier général situé près de l’axe principal. C’est une belle propriété à cheval sur la rue, d’un côté la maison-château, les bâtiments agricoles de l’autre côté, le tout gardé par un chat noir et blanc.
On passe successivement à la Lobau Wasser à quelques kilomètres de Weissenberg, où un combat opposa les Français aux Russes. Puis on double une maison triste à un carrefour de 5 routes où NAPOLEON a stationné. On nous signale un pont construit avant 1812 pour améliorer la viabilité de cet axe vers la Russie. Nous atteignons Reichenbach où nous sommes accueillis chaleureusement par l’association locale. L’étage du musée est consacré à l’Empire. Une collection de soldats de plomb trône au milieu de la pièce. Des croix de fer sont l’occasion de préciser que celles marquées « 1813 » sont très rares. vitrines. Un portrait du général BRUYERES nous rappelle qu’il a été blessé mortellement le 22 mai à Reichenbach.
Après avoir longé un « bosquet des canons » où la légende enterre des canons français, inéluctablement nous atteignons Markersdorf et le monument au maréchal DUROC. C’est un bloc carré au bord de la route à l’ombre de grands arbres. L’emplacement de la stèle est propriété française. C’est là, que le général du génie KIRGENER a été tué sur le coup par le boulet russe qui blesse mortellement DUROC. L’accueil par le propriétaire de l’hôtel NAPOLEON à Hoterdorf, habillé en général d’époque, est de qualité. c’est l’emplacement de la batterie russe du général NITIKIN.
En fin de course, nous atteignons Görlitz en Basse Silésie, ville frontière avec la Pologne, à cheval sur la Neisse. C’est le centre de gravité de la manœuvre que NAPOLEON projetait fin août 1813 en direction de Breslau et de l’Oder d’une part contre l’armée de Silésie et vers Zittau face à l’armée de Bohême d’autre part.
10 septembre. En un peu plus de deux heures nous parcourons la zone de la bataille de Külm, Chlumec en tchèque. Les 29 et 30 août 1813, la bataille de Dresde y a trouvé son épilogue par la défaite de VANDAMME pris en tenaille par l’armée coalisée qui retraitait vers la Bohème au travers des Monts Métalliques. La première halte est à la Stara Posta de Varvazov. Le monument autrichien à COLLOREDO se dresse noir dans le ciel. Les reliefs et médaillons dorés brillent. Puis c’est le monument prussien, sobre surmonté de la croix de fer. A Chlumec, à côté du restaurant BONAPARTE, une puissante tour autrichienne en pierre gris-noir surmonté d’un lion domine la route. Plus vers le Sud-Est à Prestanov un grand monument a été élevé à la gloire des Russes. Au passage, nous faisons halte pour honorer d’une minute de silence les corps des soldats qui reposent dans une tombe marquée par un amas de rochers et une croix dans un bois à l’écart de la route. En une demi-heure de bonne marche on accède à la stèle de la reddition de VANDAMME perdue dans les bois.
Il nous reste à retraverser les Monts Métalliques pour achever ce périple de plus de 2000 km sur les traces des conscrits de 1813. Nous n’irons ni à HANAU ni à MAYENCE où les restes de la Grande Armée se regroupèrent. Cela nous a peut-être évité de contracter le typhus. La qualité de la préparation du voyage par l’agence HISTORIA-TRAVEL, la compétence des guides et l’excellente ambiance du groupe ont contribué à la réussite de l’expédition. La campagne de Saxe a marqué les esprits par sa dureté et l’âpreté des combats. Ce voyage est une invite à relire l’œuvre romanesque d’ERCKMANN et CHATRIAN – histoire d’un conscrit de 1813 – qui appartient à notre saga nationale. Celle-ci donne une description humaine du contexte et des 6 mois de combats menés par des troupes encore enthousiastes mais parfois saisies de doute. L’Europe coalisée était déterminée à ramener les Français dans leurs frontières d’avant la révolution. La défaite subie en Russie trouve sa suite logique le long des chemins de la Saxe. L’année 1814 en sera la malheureuse conclusion.
Général (2S) Emmanuel POUCET
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RSN 497, pp. 78-83 (octobre-novembre-décembre 2013)