BOURGOGNE

NAPOLÉON BONAPARTE EN BOURGOGNE

Côte d’Or – Nièvre – Saône-et-Loire – Yonne

Il est passé ou a séjourné dans 58 lieux entre 1778 et 1815

22 en Côte d’Or
18 en Saône-et-Loire
14 dans l’Yonne
4 dans la Nièvre

La Bourgogne a toujours été une terre de passage depuis l’époque romaine (Alésia), aux ducs de Bourgogne qui en firent le duché le plus puissant d’Europe. Elle est idéalement placée entre la France et l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, sans oublier le Midi. Il n’est donc pas étonnant que Napoléon Bonaparte utilisa à plusieurs reprises ses chemins et ses routes, depuis sa prime jeunesse jusqu’à son retour de l’île d’Elbe. Parfois il y fit des séjours assez longs (Auxonne, Autun, Thoisy-le-Désert), parfois ce ne furent que des haltes ou de brefs arrêts mais qui marquèrent les hommes. C’est ce que nous allons découvrir ici.

L’élève Napoléon Bonaparte étudie au collège d’Autun et passe à Thoisy-le-Désert avant de rejoindre l’Ecole militaire de Brienne-le-Château 1778 – 1785

30 décembre 1778 – AUTUN – THOISY-LE-DÉSERT
Charles Bonaparte a obtenu pour ses deux fils aînés des bourses d’études en France qui quittent la Corse.
Joseph et Napoléon Bonaparte, accompagnés de leur père, arrivent au Collège d’Autun. L’abbé Chardon écrit à l’abbé Forien : « Je ne l’ai eu que trois mois. Pendant ces trois mois, il a appris le français de manière à faire librement la conversation et même de petits thèmes et de petites versions. » C’est le seul témoignage que l’on possède sur le jeune Napoléon qui n’a pas encore dix ans. Le 29 mars suivant le ministre de la Guerre prévient Charles que Napoléon est admis à l’Ecole de Brienne.
C’est M. de Champeaux (*) qui sera chargé de l’emmener à Brienne ; en fait il accueillera chez lui le jeune petit Corse qui restera du 22 avril au 12 mai dans son manoir de Thoisy-le-Désert.
Le jeune élève entre à l’Ecole de Brienne, dans l’Aube, le 15 mai 1779, accompagné par l’abbé Hemey d’Auberive.
(*) Ancien capitaine du régiment de Nice, il vient retirer du collège d’Autun son fils Jean-Baptiste, qui vient également d’obtenir une bourse pour Brienne.

SENS – JOIGNY – AUXERRE – AUTUN – CHÂLON-SUR-SAÔNE.
Du 30 octobre au 2 novembre 1785, il passe par la Bourgogne. Il couche à Sens le 30 octobre ; le deuxième jour il passe par Joigny, Auxerre, Autun et couche à Châlon-sur-Saône. De là, il prend le coche d’eau pour Lyon et Valence.

Le sous-lieutenant d’artillerie Napoléon Bonaparte est en garnison à Auxonne 1788 – 1789

15 juin 1788 – 9 septembre 1789 – AUXONNE (1er séjour) – DIJON – TILLENAY – SEURRE – VERDUN-SUR-LE-DOUBS – CITEAUX – VILLERS-ROTIN – LES MAILLYS.
En 1786, Auxonne est une petite ville de 3.599 habitants, mais on doit y ajouter les 1200 officiers et hommes du régiment d’artillerie de La Fère. Enfermée dans ses murs, elle compte cependant 35 cabaretiers, traiteurs, cafetiers et aubergistes.
Arrivé à Auxonne, Bonaparte loge aux casernes dans le Pavillon de la Ville, escalier 1, chambre 25 et à l’époque numéro 16, 3e étage, côté sud. Plusieurs chambres d’officiers sont vides car un détachement est parti à Dijon avec 20 officiers et 400 hommes.
Le professeur de mathématiques Lombard, qui demeurait rue de Saône, aujourd’hui rue Vauban et qui donnait des cours à Bonaparte disait de lui : « Il ira loin. » La maison où logeait Lombard a été transformée en collège sous le Second Empire. La pension Dumont était presque en face.

Il se rend à Dijon en juin à l’occasion de troubles parlementaires qui naissaient et occupe une chambre garnie dans l’actuelle rue Piron. Cette maison a disparu lors de l’élargissement de la rue.

Bonaparte écrit : « Ce pays est très malsain à cause des marais qui l’entourent et, de fréquents débordements de la rivière qui remplissent le fossé d’eau exhalant des vapeurs empestées. » Il aura d’ailleurs une attaque de fièvre miasmatique, ou fièvre des marais, avec des accès de paludisme. Il ajoute : « Je me couche à 10 heures et suis levé à 4 heures du matin. Je ne fais qu’un repas et ne dîne qu’à 3 heures. »
Lors de ses loisirs, il fréquente la maison du général Du Teil et celle de M. Pillon d’Arquebouville « directeur de l’arsenal et de l’artillerie de Bourgogne ». C’est à qu’il fit d’innombrables parties de loto. Il fréquentait aussi Jean-Marin Naudin, commissaire des guerres, dont l’épouse présentait deux avantages : elle était très jolie femme et avait vécu quinze années en Corse. L’historien Jung affirme que Mme Naudin le voyait venir avec infiniment de plaisir chez son mari.

Parmi les officiers que Napoléon rencontra à Auxonne, citons Jullien de Bidon qui devint général et préfet du Morbihan.
Sorbier qui deviendra premier inspecteur de l’artillerie.
Belly de Bussy, avec qui il se disputa car ce dernier jouit du cor dans sa chambre ; il le retrouvera en 1814 sur le champ de bataille de Craonne, s’en servira comme guide pendant cette journée, lui donnera 12.000 francs et le nommera colonel d’artillerie et aide de camp !
Le général Jacques Drouas de Boussey, capitaine d’artillerie au régiment de La Fère qui aura trois fils dont deux seront tués, l’un en Espagne, l’autre en Russie.
Il y avait également un dénommé Claude-Joseph de Malet, le frère du conspirateur, dont Bonaparte disait que c’était « une espèce de fou et d’une capacité intellectuelle très médiocre. » Par contre il fit la rencontre du capitaine Gassendi, qui deviendra général, inspecteur général de l’artillerie et sera comblé d’honneurs sous l’Empire. Homme « d’une vaste intelligence et d’une culture étendue. »

Le maréchal de camp Du Teil (1722-1794), commandant en chef l’artillerie à Auxonne et supérieurement le régiment de ce corps ; il est également directeur de l’Ecole d’artillerie. C’était « un vieil officier, rude et rébarbatif d’apparence, et au fond très bienveillant. » Dans le 4e codicille de son testament, daté du 24 avril 1821, Napoléon fait un don en faveur des enfants ou petits-enfants du baron Du Teil « Nous laissons au fils, ou petit-fils du baron Dutheil, lieutenant-général d’artillerie, ancien seigneur de Saint-André, qui a commandé l’école d’Auxonne avant la révolution, la somme de 100.000 comme souvenir de reconnaissance pour les soins que ce brave général prit de nous, lorsque nous étions comme lieutenant et capitaine sous ses ordres. »

Les manœuvres et tir d’artillerie du régiment de La Fère se déroulent au Polygone d’artillerie sur la commune de Tillenay. « Le prince de Condé s’annonça un jour à l’école d’artillerie d’Auxonne : c’était un grand honneur et une grande affaire que de se trouver inspecté par ce prince militaire. Le commandant, en dépit de la hiérarchie, mit le jeune Napoléon à la tête du Polygone, de préférence à d’autres d’un rang supérieur. Or, il arriva que la veille de l’inspection tous les canons du polygone furent encloués ; mais Napoléon était trop alerte, avait l’œil trop vif, pour se laisser prendre à ce mauvais tour de ses camarades, ou peut-être même au piège de l’illustre voyageur. » (Mémorial de Sainte-Hélène I/86). On y trouve encore de nombreux témoignages.

Le 31 mars, une masse de Seurrois, issus de la classe la plus défavorisée, s’opposent au chargement d’un bateau de blé qui est en train de s’effectuer au bord de la Saône. Le négociant de Verdun-sur-le-Doubs et son fils, fort malmenés, se réfugient à la mairie. Le maire, Pierre Millot, en rend compte au lieutenant de la province, le marquis de Gouvernet. Celui-ci dépêche à Seurre, dans la nuit du 31 mars au 1er avril trois compagnies : celles de Gassendi, de Belleville et de Coquebert. Bonaparte prit le commandement de cette dernière. Le 1er avril 1789 Bonaparte arrive à Seurre avec 106 hommes ; le calme est déjà revenu mais la troupe y reste par prudence en avril et en mai. Après son arrivée, une nouvelle émeute éclata. Il fit avancer la troupe et s’avançant vers la foule lui cria : « Habitants de Seurre ! Que les honnêtes gens se retirent et rentrent chez eux. Je n’ai ordre que de tirer que sur la canaille. » Aucun habitant de la ville ne voulant endosser ce qualificatif ; le calme revint définitivement.
Dans une de ses lettres, il parle de son logeur comme « un bon avocat très riche » et fait allusion à M. Lambert, procureur au baillage.
Il loge également rue Aux-Oies qui était à l’époque la rue principale et qui prit ensuite le nom de rue Bonaparte puis de rue Dulac. La maison a été détruite par les bombardements en 1944. Une vieille carte postale des éditions Petitjean montre la « maison dite de Napoléon »
Une autre carte postale représente l’hôtel du Chapeau-Rouge (anciennement à l’angle de la rue Dulac et de la rue du Pont /auj. rue Beauraing. Une légende écrite en bas de la carte précise : « En mission à Seurre du 1er avril au 29 mai 1789, le lieutenant Bonaparte, plus tard l’Empereur Napoléon 1er, fût pensionnaire de l’hôtel y connut la belle madame Prieur, femme du receveur du Grenier à sel. »
L’établissement était tenu à l’époque par Mme Philipet ; on peut supposer que Bonaparte y prenait ses repas et logeait chez les Lambert.
Les distractions étaient assez rares, aussi passait-il son temps à lire des ouvrages d’histoire et à faire des mathématiques
Le 14 avril 1789, il se rend avec l’intendant de Bourgogne, à cheval, à Verdun-sur-le-Doubs, ville distante de 3 lieues (15 km) et va dîner chez M. de Bissy, gouverneur d’Auxonne, qui réside ordinairement dans son château de Pierre-de-Bresse.

Pendant son séjour dans cette ville, il est invité par M. Prieur pour Pâques et Bonaparte constate que « les femmes ont la plus grande considération pour le militaire » mais dans une lettre écrite le 15 avril 1789 à sa mère il dit : « J’aimerais cependant mieux manger le ravioli ou les lasagnes à Ajaccio ». Mme Prieur (*), dont le mari était déjà âgé « ne lui fut pas cruelle ». D’ailleurs, quand il la recevra en 1805 à Châlon-sur-Saône il dira à son chambellan : « Il paraît que vous connaissez mes aventures de garnison. Soyez discret et faîtes entrer. » Sur l’ordre du marquis de Gouvernet, Bonaparte et sa petite troupes quittaient Seurre le 29 mai 1789.
(*) Mme Prieur était née à Sennecey-le-Grand en 1752 et avait donc 37 ans.

Entre temps, il va se rendre à l’abbaye de Cîteaux.
* Lors de la suppression des ordres religieux, les moines de Cîteaux ne furent pas d’accord avec l’abbé général au sujet de la dépouille de la maison. Le district de Dijon, informé que quatre tonneaux d’argenterie allaient être enlevés, y envoya des commissaires dont l’autorité fut méconnue par les moines. Une compagnie du régiment de La Fère, celle dont le lieutenant Bonaparte avait le commandement, y fut détachée.
* Thiard évoque l’insurrection de Cîteaux : « Les religieux s’emparèrent des clés de tous les magasins et voulurent forcer l’économe à leur rendre compte des immenses revenus de l’abbaye. On vint chercher du secours à Seurre. Le lieutenant Bonaparte s’y rendit avec une partie de son détachement et sans prendre d’ordres de personne, il donna raison à l’abbé, fit arrêter trois ou quatre moines des plus mutins, les enferma dans le cachot et arrêta complètement l’insurrection. »
* Dans la Correspondance de Napoléon (nouvelle édition, n° 28), on trouve une lettre écrite à Seurre entre le 5 et le 10 mai 1789. « (…) Le temps commence à devenir beau et ce pays est superbe. J’ai été à Cîteaux, qui n’est qu’à deux lieues d’ici. C’est le chef-lieu des Bernardins. Cette maison a … de rente. L’abbé est en même temps général de l’Ordre. Il m’a donné … son dîner et m’a fait boire du vin délicieux. M. de Bissy, lieutenant général et gouverneur d’Auxonne, qui demeure dans son château (Pierre-de-Bresse), à une lieue d’ici, nous a envoyé prier d’aller lui demander à dîner. C’est un homme qui était l’ami intime de Louis XV. »

C’est en été 1788 que Bonaparte faillit se noyer dans la Saône, comme on peut le lire dans le Mémorial (Jeudi 23 mai 1816) : « C’était en 1788, à Auxonne, sa garnison, étant à nager et seul, il avait perdu connaissance, coulé, obéi au courant ; il avait senti fort bien la vie lui échapper ; il avait même entendu, sur les bords, des camarades annoncer qu’il était noyé, et dire qu’ils couraient chercher des bateaux pour reprendre son corps. Dans cet état, un choc le rendit à la vie ; c’était un ban de sable, contre lequel frappa sa poitrine : sa tête se trouvait merveilleusement hors de l’eau, il en sortit lui-même, vomit beaucoup, rejoignit ses vêtements, et atteint son logis qu’on cherchait encore son corps. »

Le 1er janvier 1789, Thérèse Guérin, qui prenait soin de sa chambre, lui présenta ses bons vœux. Elle lui dit : « Je souhaite que vous deveniez un jour général. » Il répondit : « Ah, ma pauvre Thérèse, combien je serais satisfait si j’arrivais au grade de commandant ! Certes, je n’en demanderais pas davantage. »

Signalons enfin que lorsque le lieutenant en second Bonaparte était en garnison à Auxonne, il se rendait parfois au village de Villers-Rotin, à 5 km sur la route de Dole, où il retrouvait une jeune fille nommée Marie Merceret, qu’il appelait « Ma petite Marie » ; il aimait à se reposer sous le tilleul planté en mémoire de Sully. Agée de six ans de plus que lui, elle devint plus tard Mme Paperet et s’éteignit le 31 mars 1842. Bonaparte lui offrit une bague et un foulard.

Il rendait également visite à Mme la comtesse de Berbis « femme extrêmement grâcieuse et bienveillante » qui recevait en son hôtel particulier à Auxonne (auj. 7 rue de Berbis) et habitait en été le château des Maillys, construit sous Henri III, à une dizaine de kilomètres au sud d’Auxonne. L’épouse du receveur du Grenier à sel d’Auxonne accorda ses faveurs au jeune sous-lieutenant. Il était également reçu chez le directeur de l’Arsenal, rue de Chénois (auj. 2 bis rue Carnot) et chez le baron Du Teil (auj. 25 rue Thiers). « Napoléon dans son régiment d’artillerie, suivait beaucoup la société partout où il se trouvait. Les femmes, dans ce temps, accordaient beaucoup à l’esprit : c’était alors auprès d’elles le grand moyen de séduction. Il fit, à cette époque, ce qu’il appelle son voyage sentimental de Valence au Mont-Cenis (en fait Montcenis), en Bourgogne et fût au moment de l’écrire à la façon de Sterne. Le fidèle De Mazis était de la partie ; il ne le quittait jamais. » (Mémorial de Sainte-Hélène I/87)

Après le 14 juillet, il revient à Auxonne et assiste aux émeutes populaires ; la garnison est en alerte. Le 23 août, place des Casernes, il fait la prestation de serment de fidélité, comme tous les autres officiers, à la Nation, au Roi et à la Loi. Le 9 septembre 1789, il part d’Auxonne en congé de semestre pour Ajaccio.

12 février – 14 juin 1791 – AUXONNE (2e séjour) – DIJON – NUITS-SAINT-GEORGES, CITEAUX – CHAGNY – LE CREUSOT- MONTCENIS – AUXONNE – VONGES.

Bonaparte arrive à Auxonne, le 11 ou le 12 juin en compagnie de son frère Louis.
Il occupe, le même pavillon dit de « la ville » qu’en 1788, au 2e étage de l’escalier 3, côté nord la chambre numéro 10, alors chambre 14-15. Louis couchait dans l’antichambre. C’est la chambre conservée aujourd’hui. Avec ses collègues officiers, il prend ses repas rue de Saône, aujourd’hui rue Vauban, chez le traiteur Lombard, dans la grande pièce du rez-de-chaussée (5 rue Vauban). C’est à cette époque qu’il trace sur le pavillon Nord, le cadran solaire que l’on voit encore aujourd’hui.

Il fait imprimer sa Lettre à M. Matteo di Buttafuoco et se rend à Dole chez l’imprimeur Joly, pour y corriger les épreuves. Cet opuscule fut tiré à cent exemplaires ; il avait pour objet de dénoncer la trahison du député de Corse envers ce pays. Il ira également à Besançon, chez l’imprimeur Daclin, actuellement 41 Grande-Rue.

Grâce à l’imprimeur de Dole, J.F.X. Joly, qui vint lui rendre visite, on a une description de cette chambre : « Quelques temps après j’eus l’occasion d’aller à Auxonne avec un ami. Pendant que celui-ci vaquait à ses affaires, j’allai voir Bonaparte logé aux casernes. Il occupait deux chambres blanchies à la chaux ; quatre chaises en paille, une grande table, une mauvaise commode et un petit miroir sur la cheminée composaient l’ameublement de la première chambre. Un lit sans rideaux dans lequel couchaient les deux frères, deux chaises et une petite table, voilà les meubles de la seconde chambre ; en tout l’exigu d’un mobilier de caserne. »

Marmont, dans ses Mémoires, dit que Bonaparte se rendait souvent à Dijon et à Nuits-Saint-Georges. En ce qui concerne ses passages à Dijon à cette époque, on ne connaît ni les dates précises, ni les lieux où il se rendait.

On trouve dans le Mémorial (V/166) le récit des soupers à Nuits-Saint-Georges, chez le capitaine Gassendi, qui a épousé le 4 mai 1790 Reine Soucelyer ; Bonaparte était alors accompagné du lieutenant Le Lieur de Ville sur Arce.
Il fait un deuxième passage à l’abbaye de Cîteaux le 23 mai 1791.
Dans le même temps, il part avec son ami Des Mazis à Chagny et il visite la fonderie de canons nouvellement construite au Creusot-Montcenis par Ignace de Wendel en 1782.
Nommé en qualité de lieutenant en 1er au 4e d’artillerie à Valence le 1er juin 1791, il quitte Auxonne le 14 du mois, en y laissant quelques sympathies et quelques dettes, et arrive le 16 à Valence.

Bonaparte est maintenant capitaine d’artillerie. Il faut préparer des convois de poudre noire pour le siège de Toulon. Louis Garros indique que le 28 août 1793 il est à Auxonne et y reste jusqu’au début septembre. Il se rend à la poudrerie de Vonges, distante de dix kilomètres, pour les approvisionnements ; c’était alors l’une des sept poudrières du royaume.

Le général en chef de l’armée d’Italie, Napoléon Bonaparte, passe à Châtillon-sur-Seine et à Chalon-sur-Saône

12 au 14 mars 1796 – CHATILLON-SUR-SEINE – CHANCEAUX
Le 2 mars 1796, Bonaparte est nommé commandant en chef de l’armée d’Italie. Il se rend à Nice y prendre le commandement. Le vendredi 11 mars 1796 il arrive à Châtillon-sur-Seine, accompagné de son frère Louis, et loge chez les parents de Marmont au château appelé alors le « Châtelot ». Dans ses Mémoires, Victorine de Chastenay évoque ce séjour et donne son impression sur Bonaparte : « Il était maigre et pâle, et sa figure n’en était que plus caractérisée. (…) A sa première visite, et pour passer le temps, on me pria de jouer du piano ; le général parut content, mais ses compliments furent courts. On me demanda des chansons ; j’en chantai une en italien dont je venais de faire la musique. Je lui demandai si je prononçais bien ; il me répondit non tout simplement. Sa figure m’avait frappée. Bonaparte me parla des poèmes d’Ossian qui lui inspiraient de l’enthousiasme. (…) Nous nous vîmes tous les jours, au Châtelot ou chez mes parents. Je le vois encore m’aider à faire un bouquet de bleuets. (…) Le départ subit fut résolu. Bonaparte vint faire ses adieux ; j’étais sortie. Il entretint maman et partit sans pouvoir m’attendre. Il me serait difficile de dire combien je restai surprise et affligée. »
Le 14, il quitte Châtillon et arrive à Chanceaux où il couche une nuit au relais de Poste. Il part le lendemain et arrive le soir à Villefranche-sur-Saône.

14 et 15 octobre 1799 – CHÂLON-SUR-SAÔNE – NEVERS
A son retour d’Egypte, Bonaparte rentre sur Paris et fait étape à Châlon-sur-Saône au soir du 14 octobre. Le lendemain il arrive à Nevers et descend à l’Hôtel du Grand Cerf où il reçoit la municipalité. Il quitte la ville le lendemain pour rejoindre Paris.

Bonaparte, Premier Consul de la République séjourne à Dijon

6 mai 1800 – SENS – AVALLON
A 11 h 15 la voiture occupée par le Premier Consul s’arrête à Sens devant chez Bourrienne. Bonaparte et son secrétaire y déjeune en trente minutes. Bourrienne écrit : « Nous suivîmes la route de la Bourgogne que nous avions déjà parcourue tant de fois dans des circonstances bien différentes. En allant de Paris à Dijon pour gagner la Suisse, la conversation roula plus d’une fois sur la guerre. » A 19 heures 30 il arrive à la sous-préfecture d’Avallon. La voiture à six chevaux avait parcouru 238 km en 15 heures. Jusqu’à 23 heures, les deux hommes s’affèrent à répondre au volumineux courrier.

7 – 8 mai 1800 – DIJON – AUXONNE

Le 7 mai, il arrive entre 6 et 7 heures du matin à Dijon et installe son quartier-général à l’hôtel Bouhier de Lantenay, à l’époque rue de la Courroyerie et qui deviendra rue de la Préfecture en 1816. Le président du tribunal de commerce, Frantin, prononce un discours de bienvenue en présence du préfet Guiraudet. Jusqu’à 15 heures il reste enfermé dans l’hôtel de l’Intendance ; il écrit aux deux autres consuls en leur indiquant qu’il n’a mis que 25 heures pour venir de Paris à Dijon. A 15 heures, vêtu du costume de conseiller d’Etat, il passe en revue une partie de la 17e demi-brigade qui forme le piquet d’honneur fourni par ce corps puis se rend à cheval en direction des prairies en bordure de l’Ouche et y passe en revue la division d’infanterie du général Chambarlhac (24e, 43e et 96e demi-brigades, soit 7.888 hommes). Il rentre sur Dijon et passe une autre revue Cours du Parc (17e demi-brigade et de nombreux conscrits). La revue terminée il se rend à cheval à l’hôtel Anthony, rue Vannerie, siège de la 18e division militaire où un somptueux banquet est servi. Il est assis entre le maire Lejéas et M. Virely, président de section du tribunal de Commerce. Il donne des audiences à différentes personnes à la fin du repas. Bonaparte revient à son quartier-général et occupe une chambre au 1er étage côté parc ; c’est celle qui est occupée par les actuels préfets.
Le 8 à l’aube, après avoir quitté Dijon, il passe à Auxonne où il séjourne deux heures. Il visite une chaumière bâtie au bord de la grande chaussée, où il venait lorsqu’il était lieutenant. Il descend à la direction de l’artillerie et dit en entrant dans la grande salle basse : « Voilà une salle où j’ai fait bien des lotos ! » Quelques habitants lui rendent visite. Il part ensuite par la route de Dole.

30 juin – DIJON
A son retour de Marengo, Bonaparte s’arrête à nouveau à Dijon. Il y arrive vers 8 heures du matin et est de suite reçu par le général Brune (*) en son quartier-général de l’hôtel Esmonin de Dampierre. Il déjeune rapidement avec lui et en profite pour faire le récit de la bataille de Marengo. Bourrienne, dans ses Mémoires, dit que « la joie des habitants tenait réellement du délire. J’ai peu vu de coup d’œil plus gracieux et plus séduisant que celui que nous offrit une réunion de jeunes femmes, d’une beauté, d’une élégance remarquable, coiffées avec des fleurs ». Dans la matinée, il passe en revue, dans les prairies en bordure de l’Ouche, dix mille hommes. Vers midi, la revue est terminée ; le Premier Consul remonte dans sa voiture pour Paris. Savary, dans ses Mémoires, dit que les femmes effeuillèrent des bouquets sur son passage. Quant à la municipalité, elle offrit une pièce de vin (300 bouteilles) aux Dijonnais.
(*) Général en chef de l’armée de Réserve de 2e ligne.

9 – 11 janvier 1802 – LUCY-LE-BOIS – SAULIEU – AUTUN – CHÂLON-SUR-SAÔNE – TOURNUS
En janvier 1802, Bonaparte se rend à Lyon pour y être élu président de la République italienne. Il part le 8 de Paris. Le 9, il couche à la Poste de Lucy-le-Bois (Yonne). Le 10, il passe à Saulieu, dîne à 14 heures à Autun à l’hôtel Saint-Louis et couche le soir à Châlon-sur-Saône. Le 11, il déjeune à Tournus et arrive à Lyon vers 20 heures.

L’Empereur Napoléon 1er, se rendant en Italie, passe à Semur-en Auxois, Chalon-sur-Saône, Mâcon et Nevers

5 avril 1805 – SEMUR-EN-AUXOIS
L’Empereur des Français entreprend un voyage pour se rendre à Milan et se faire sacrer roi d’Italie.
Napoléon qui était la veille à Brienne puis à Troyes, arrive à Semur-en-Auxois le vendredi et couche dans cette ville place 15 Guéneau de Montbéliard. Un arc-de-triomphe a été dressé par la ville pour accueillir l’Empereur. Sa description précise nous est rapportée dans le Journal de la Côte d’Or de Carrion, du 20 germinal an XIII (10 avril 1805). « Cet arc de triomphe en charpente et en décorations, est de 11 m 40 de largeur sur 10 m de haut, en forme de couronnement. Les bases ou solides ont deux mètres de toutes faces. Il a été élevé sur les dessins de M. Naulot fils aîné, et la partie des décorations peintes par M. Flamand. »
C’est en vain que Maret, dijonnais de naissance, essaye de le faire venir à Dijon.

6 – 9 avril 1805 – SAINT-LÉGER-SUR-DHEUNE – CHÂLON-SUR-SAÔNE – MÂCON, NEVERS
Réceptions dès 5 heures du matin à Semur puis départ. A l’entrée du département de Saône-et-Loire toutes les autorités du département sont présentes. A la descente de Saint-Léger-sur-Dheune, les ouvriers du Creusot tirent le canon. Il arrive à 20 heures à Châlon-sur-Saône et trouve une foule enthousiaste. Il couche chez Mme Chiquet à l’angle de la rue des Tonneliers et de la rue des Cornillons.
Le 7, il entend la messe dans la maison où il est descendu sur un autel improvisé. Il reçoit ensuite plusieurs personnes, parmi lesquelles Mme Prieur de Seurre, qui l’avait naguère reçu chez elle. Il s’entretient également avec Royer, dont la sœur a épousé un de ses amis, et Suremain, administrateur du district de Saint-Jean-de-Losne. Il part de la ville à 14 heures et arrive à Mâcon à 18 heures. Il descend à la préfecture.
Le 8, il est à Mâcon et la journée se passe en réceptions.
Le 9, il quitte cette ville à 13 heures et arrive à Bourg-en-Bresse (Ain) à 16 heures.
Le 11 juillet, à son retour d’Italie, il passe à Nevers.

L’ex-Empereur, déchu et exilé, fait étape à Nevers

21 avril 1814 – NEVERS
Après les adieux de Fontainebleau, Napoléon prend la route de l’exil vers l’île d’Elbe. Le jeudi 21 avril, il s’arrête à Nevers vers 20 heures où il est salué par des acclamations. Rassuré par cet enthousiasme, il congédie son escorte et passe la nuit à l’Hôtel de France. Il quitte Nevers le lendemain à 6 heures.

De retour d’exil à l’île d’Elbe, Napoléon traverse la Provence, le Dauphiné, le Lyonnais et la Bourgogne, avant de rejoindre Paris

13 mars 1815 – MÂCON
De retour de l’île d’Elbe, Napoléon utilise la Route Napoléon jusqu’à Grenoble puis continue son périple par la Bourgogne avant d’arriver aux Tuileries le 20 mars.
Après avoir quitté Lyon, Napoléon déjeune à Villefranche-sur-Saône et arrive à Mâcon vers 20 heures ; il descend à l’hôtel du Sauvage, ancienne demeure de la famille de Meaux, dont la magnifique façade donne sur la Saône (actuellement 438 quai Jean-Jaurès) et lit dans sa chambre les journaux de Paris qui lui apprennent que Louis XVIII ne quittera pas le palais des Tuileries. Le préfet Germain de Montforton et le maire ont quitté la ville l’avant-veille sous les huées. Napoléon nomme préfet le baron du Colombier qui était allé au-devant de lui à Lyon. La ville est pavoisée et illuminée. L’Empereur exprime cependant son mécontentement aux habitants, qui auraient remis la ville l’année précédente à un peloton de cavalerie autrichienne.

14 mars 1815 – TOURNUS – CHÂLON-SUR-SAÔNE (60 km)
Napoléon quitte Mâcon à 11 heures et arrive à Tournus à 9 heures où il ne reste guère que trois heures. Pluie et rafales de vent accueillent Napoléon. Le drapeau tricolore flotte aux fenêtres.
La halte a lieu en l’hôtel du Palais-Royal, ancien hôtel Impérial, construit en 1773. C’était alors une grande et belle maison remplacée en 1824 par une sucrerie. Le propriétaire fit démolir la construction en 1851 pour la remplacer par un pavillon. En 1967, une P.C. a été apposée.
A son passage les premiers mots de l’Empereur furent pour féliciter les habitants de leur vaillante conduite pendant l’invasion. Sur son désir de connaître celui d’entre eux qui dans ces circonstances s’était particulièrement distingué, la foule nomma Pierre Coste, maire de Saint-Jean-de-Losne (Côte d’Or) – Je le décore, dit l’Empereur. Les villes de Tournus, Châlon-sur-Saône et Saint-Jean-de-Losne, qui se sont distinguées en 1814 contre l’envahisseur autrichien, reçoivent quant à elles la Légion d’honneur par décret du 22 mai 1815 qui sera confirmé par Louis-Philippe le 1er octobre 1831 ; ce sont les trois premières villes françaises décorées de l’Ordre.
Lors de son passage, Napoléon n’aurait mangé qu’un œuf que la maîtresse d’hôtel fit payer un Napoléon ; elle justifia le prix élevé par un sourire et ajouta : « Ce n’est pas trop cher, je n’ai pas l’honneur de recevoir l’Empereur tous les jours. »
Vers midi, il remonte en voiture ; la foule est si dense qu’il doit souvent s’arrêter.
Napoléon arrive à Châlon-sur-Saône à 22 heures et reçoit une députation de la ville de Dijon, qui vient de chasser son préfet et son maire. Il couche à l’hôtel du Parc cet y arrive au milieu d’une foule énorme. Le drapeau tricolore flotte depuis deux jours.
Cet hôtel n’existe plus aujourd’hui. Il s’élevait entre la rue de Lyon, la place de Port-Villiers et le quai Gambetta. A l’époque des bateaux à vapeur sur la Saône, l’hôtel était le grand établissement de la ville. Il abritait les bureaux des Messageries royales et fut démoli en 1854.

15 mars 1815 – MERCUREY – AUTUN (55 km)
Napoléon, avant de partir reçoit une députation venue de Dijon qui a déjà chassé son maire et son préfet. Il quitte Châlon-sur-Saône à 10 heures et s’arrête à Mercurey, village de la côte entre Châlon-sur-Saône et Autun.
Un vigneron nommé Prieur le reçoit et lui sert du vin rouge de Mercurey. Napoléon s’exclame :
« Que ce Mercurey est excellent, sa robe rappelle le ruban de la Légion d’honneur ; quant à son bouquet, il est comme l’odeur enivrante de la victoire ».
Fièrement Prieur répond :
« Sire, j’en ai du bien meilleur encore dans ma cave. »
Etonné, Napoléon demande :
« Pourquoi ne l’as-tu pas apporté ? »
Prieur répond :
« Ah ! Sire, c’est que celui-là, je le réserve pour les grandes occasions ! »
Dès le matin, le 13e régiment de dragons, qui forme l’avant-garde impériale, entre dans Autun. Le 11 le sous-préfet est parti, le 12 le lieutenant de gendarmerie et ses hommes arborent le drapeau tricolore et promènent le buste de Napoléon. Le 13 le maire Pignot, un octogénaire royaliste a convoqué la garde nationale et fait armer les royalistes. Le général Brayer leur fait rendre les armes quand l’avant-garde impériale arrive dans l’après-midi. Quand Napoléon arrive, il s’adresse au maire avant de le casser : « De quel droit, vous êtes vous permis de menacer les citoyens parce qu’ils portaient les couleurs nationales ? Je vous chasse. Et il ajoute : Mon pouvoir est plus légitime que celui des Bourbons car je le tiens de ce peuple dont vous entendez les cris. » Il se rend à l’Hôtel de la Poste où la foule l’acclame et y passe la nuit.
Le même soir, le maréchal Ney, couche à Dijon à l’Hôtel de la Cloche, alors rue de la Liberté.

16 mars 1815 – PIERRE-ECRITE – SAULIEU – AVALLON (73 km)
Napoléon quitte Autun à 10 heures ; il passe par Lucenay l’Evêque et déjeune à Chissey-en-Morvan où il trouve une foule de paysans ayant à leur tête des officiers qui ont fait la campagne de France ; Napoléon exprime sa satisfaction, distribue des récompenses et fait réintégrer dans leurs emplois ceux qui en ont été privés.
Il continue ensuite sa route jusqu’au hameau de Pierre-Ecrite à quelques kilomètres au sud de Saulieu. C’est l’ancienne poste aux chevaux de 1790 à 1851, point culminant de la route Paris-Lyon à l’altitude de 598 mètres.
Le général Girard est arrivé la veille et a fait arborer la cocarde tricolore ; il est à la tête du 6e lanciers et s’assure de l’appui du 14e de ligne qui est arrivé la veille de Montargis. Le maire Rodot, ne peut s’y opposer. Le baron Nérin se rend au-devant de Napoléon qui depuis Saulieu devant son avant-garde, accompagné seulement de ses lanciers-polonais et du 13e dragons.
Napoléon fait ensuite une courte étape à Saulieu puis retrouve le maître de poste Bizouard de Rouvray et conduit l’Empereur à Avallon en moins d’une heure. Les quatre voitures du cortège quittent la route impériale entre le pont de Cerce et Sauvigny-le-Bois et gagnent ensuite la ville.
Vers 16 heures, il s’installe à Avallon et couche le soir à l’Hostellerie de la Poste, place Bourbon et ancienne place Impériale. La foule est énorme. C’est une « vile populace grossie par un grand nombre de paysans attirés par la foire. » Napoléon se montre plusieurs fois à la fenêtre du 1er étage sans crainte d’un attentat. Malgré un conseil municipal royaliste, l’immense majorité de la population a repris la cocarde tricolore. Vers 19 heures le maire demande audience et remet sa démission au général Bertrand. Napoléon nomme à sa place le baron Nérin et fait jeter en prison Etienne Perrin, sous-préfet de Semur qui s’était distingué lors de la réaction royaliste de 1814.
Le lendemain, le général Girard prend le commandement de l’avant-garde de la petite armée de Napoléon.

17 mars 1815 – VERMENTON – AUXERRE (50 km)
Napoléon quitte Avallon en calèche ; son cheval Tauris est mené en bride par un lancier. Un premier relais se trouve à Lucy-le-Bois, au nord d’Avallon. C’était à l’époque une très mauvaise route. Quelques kilomètres après Lucy-le-Bois on bifurque à gauche pour prendre l’ancienne Route royale ; le cortège impérial s’arrête à La Poste aux Alouettes, au lieudit Le Petit Lézard. Napoléon reprend la route de Vermenton où il déjeune.
Le soir, il arrive à Auxerre. Le préfet Gamot, beau-frère du maréchal Ney, l’attend avec toutes les autorités. Devant la cathédrale, le colonel Bugeaud et le 14e de ligne rangé en bataille présentent les armes. Napoléon discute avec les officiers en demi-soldes. Coignet est nommé fourrier du Palais et vaguemestre du grand quartier général. Il se rend à la préfecture d’Auxerre où il trouve les bustes de l’impératrice et du roi de Rome, ainsi que son portrait en pied en costume de sacre. Il couche au 1er étage dans la chambre qui fût avant lui celle de Louis XIV.
Ce même jour, Ney arrive à Avallon, et se rallie à Napoléon. « Quel misérable, il n’y a plus d’honneur » note Louis XVIII.

18 mars 1815 – AUXERRE
Napoléon séjourne toujours dans la préfecture de l’Yonne. Il reçoit le maréchal Ney arrivé la veille et qui a demandé à être reçu le 18. Le maréchal se jette aux pieds de Napoléon et fond en larmes : « Est-ce bien vous, Sire, que je vois ? » et Napoléon de répondre : « Ce n’est pas à mes pieds que vous devez être, c’est dans mes bras ». Napoléon passe en revue le 14e régiment d’infanterie sur la place Saint-Etienne ; à ce moment il dispose déjà de 20.000 hommes. Pour leur épargner la fatigue, une partie de la troupe est transportée sur des barques et des chalands.

19 mars 1815 – AUXERRE – JOIGNY – SENS – SAINT-DENIS – PONT-SUR-YONNE
Napoléon quitte la ville au lever du soleil. Il emprunte la calèche du préfet Gamot attelée de six chevaux. Il est accompagné du sous-préfet Audibert et du mamelouk Ali. Afin d’éviter d’être reconnu, il est décidé de changer de voiture avant de quitter chaque ville. Vers 8 heures du matin, il passe à Joigny et est reçu par le sous-préfet Jean-Baptiste Lacam ; il ne s’arrête qu’une heure et poursuit sa route vers Sens tandis que Gamot et Audibert regagnent Auxerre.
Arrivé à Sens, il est accueilli avec enthousiasme ; la foule est dans les rues, mais le maire, le comte Laurencin reste chez lui. Du faubourg Saint-Pregts, il aperçoit la porte Dauphine et dit : « C’est vrai, j’avais oublié que Sens était une ville d’aristocrates. » On change seulement les chevaux. La ville lui rappelle le triste et court séjour qu’il y fit le 30 mars 1814 à l’hôtel de l’Ecu, quand les Alliés menaçaient Paris.
De sens le groupe pousse jusqu’à Saint-Denis, situé à une lieue au nord, où Napoléon avale deux œufs à la coque dans une auberge qui a repris son nom d’avant 1814 : « A la halte impériale ». En effet, Napoléon s’y était arrêté en 1805 alors qu’il se rendait à Milan. De là il prend la route de Pont-sur-Yonne et franchit le vieux pont du XIIe. Arrivé dans la ville, il est reçu par l’adjoint au maire M. Courtois et prend quelques instants de repos à l’intérieur de la maison (*) Bertrand. Il s’étend tout habillé sur le lit d’une grande chambre. La foule le réclame à grands cris mais la maîtresse de maison, fidèle royaliste, le regarde le moins possible et lui tourne le dos.
(*) Actuellement Crédit Agricole près de la place Eugène Petit.
Vers 1 heure du matin, Napoléon reprend la route, escorté de ses lanciers polonais, du 4e hussards et du 13e dragons. Pour l’anecdote, l’hôtesse conserva un mouchoir de fil blanc marqué d’un N impérial.

20 mars – VILLENEUVE-LA-GUYARD
Vers deux heures du matin, Napoléon arrive à Villeneuve-la-Guyard ; la Grande Rue se remplit immédiatement. Le maire se présente à la portière de la voiture mais il n’est pas autorisé à présenter ses hommages. A 4 heures Napoléon est à Moret. Il a quitté la Bourgogne traversée en une semaine.
Le même jour, il arrive à 10 heures à Fontainebleau qu’il quitte à 14 heures.
A 21 heures il fait une entrée triomphale aux Tuileries.

Dernière pensée de Napoléon pour la Bourgogne
A Sainte-Hélène, Napoléon dira à son valet Marchand : « Crois-moi Marchand, lorsque je n’y serai plus, achète un coin de terre en Bourgogne, c’est la Patrie des braves. J’y suis aimé, on t’y aimera à cause de moi. »

Alain PIGEARD

Sources et bibliographie

Lettres de jeunesse de Bonaparte Revue des Deux Mondes (15 XII 1931)
Mémorial de Sainte-Hélène
Mémoires de Bourrienne
Mémoires de Madame de Chastenay
Mémoires du maréchal Marmont

Bois Maurice (Commandant) Bonaparte lieutenant d’artillerie à Auxonne. (Paris, Flammarion, 1897)
Caresme (L. Lieutenant) Bonaparte, lieutenant en second (Paris-Nancy, Berger Levrault, 1914)
Chappet A., Martin R., Pigeard A. Le Guide Napoléon (Paris, Tallandier, 2005)
Chuquet (Arthur) La jeunesse de Napoléon (Paris, A. Colin, 1897-1899, 3 vol.)
Duplessis (Général) Bonaparte à Dijon (Dijon, Librairie Damidot, 1926)
Garino (Claude) « Le vol de l’Aigle en Bourgogne » (Pays de Bourgogne, n° 224, février 2010)
Garros (Louis) Napoléon. « Quel roman que ma vie » (Paris, Edit. de l’Encyclopédie française, 1947)
Pigeard (Alain) L’Armée de Réserve à Dijon (Revue Napoléon 1er, n° 51)
Savant (Jean) Napoléon à Auxonne (Paris, Nouvelles Edit. Latines 1946)
Spéranza (Martine) Bonaparte à Auxonne. Journal du bicentenaire 1788-1988. (Publié par la ville d’Auxonne en 1988, 4 p.)